Mireille Dumas, sur FR3, le 18 mars 2013, dans une émission titrée "Le poids du nom en héritage" (où elle évoque ce qui pèse sur les épaules de descendants de Jean-Yves Cousteau, de Louis de Funès, de Pablo Picasso et, finalement, de Napoléon Bonaparte !), interroge fils, petit-fils ou petite fille de ces porteurs de noms qui écrasent.
Le dernier interviewé a plus particulièrement attiré mon attention. Charles Napoléon, fils du prince Louis Napoléon (Napoléon VI !), issu par voie masculine directe de la branche des Bonaparte représentée par Jérôme frère de l'Empereur, a été déshérité, très officiellement, ("par lettre recommandée"), pour avoir dérogé...
Charles Napoléon, en effet, a quitté sa famille, payé ses études, vécu sa vie professionnelle sans rien demander à personne, jusqu'à se commettre en se faisant élire adjoint au maire d'Ajaccio en 2001. À 62 ans, aujourd'hui, son père étant mort en 1997, il est un grand bourgeois qui aura navigué entre l'UDF (il fut candidat malheureux à... Fontainebleau en 2007 ! ) et le PS ( où il compte des amis, notamment le descendant de... Jean-Jacques Régis de Cambacérès, Jean-Marie Cambacérès ; il a soutenu la candidature de François Hollande).
Ce qui m' interpellé lors de l'émission, c'est cette saga continuée qui peut encore faire parler de prince et qui, même si l'on a perdu toute légitimité politique, en fait rechercher encore une, fut-elle sans portée. Charles Napoléon, dont le fils Jean-Christophe assume, sans état d'âme, d'être Napoléon VIII, a renoué avec son passé en demandant (et en obtenant officiellement) de perdre Napoléon comme nom de famille pour retrouver celui de Bonaparte. C'est, à présent, un Corse francilien naviguant entre l'Île de Beauté et la Seine et Marne...
Mais ce qui, pour ce républicain converti, constitue l'apport majeur de son aïeul, c'est le code civil, indestructible, selon lui marqueur de la société française par le primat total accordé à la famille et à la propriété. La famille napoléonienne, c'est le pouvoir du mâle et la propriété napoléonienne, c'est le pouvoir du sol et de l'argent intimement liés. Nous n'en sommes pas sortis.
Charles Napoléon ne saurait reconnaître tout le mal que son brillant ancêtre a fait à l'Europe, à la Révolution française et tout simplement au peuple de France haché menu par les guerres successives. Il est, semble-t-il, un homme cultivé et plutôt sympathique. Il n'en est pas moins le symbole même de ces Français qui recherchent dans l'histoire la grandeur et la puissance fondées sur la force et les avoirs. Exactement ce à quoi il faudra renoncer pour être ce que nous sommes.